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Les gens
Quand j’étais au lycée j’avais
un prof de russe franco-soviétique, socialo-catholique
et facho-hystérique d’apparence arabo-hispanique.
Il n’aimait pas mon copain Jules Degaz qui avait
mauvaise haleine. Le prof lui disait toujours «
Vous puez du bec, Degaz ! ». En plus, comme Jules
était petit avec le nez creux et les joues flasques,
le surveillant à la récré lui disait
tout le temps : « T’es d’où
toi ? T’es pas d’ici ?! Alors vires de là
!! … Quoi ? … Tu viens de là ?! …
Eh bien, hors d’ici ! Viens pas te metre là
si t’es pas d’ici !! »
Cette inhumaine cruauté animale devant son semblable
me décida à me tenir loin de mes proches,
à fuir l’écho de la vie qui bat son
plein dans le grand vide existentiel.
En quelques sorte, je me résolu à détester
le monde. Et, à l’époque, détester
le monde me fit tant souffrir que j’aurais donné
n’importe quoi pour l’aimer.
Seulement comment aimer un monde si laid ? Un monde rempli
de gens si vilement civilisés qui vous ruinent
la vie sous prétexte de faire fortune ? Comme aimer
un monde où il est bienvenu d’être
malveillant et d’avoir l’esprit nauséabond,
le regard qui sent les pieds ?
Tout ces gens qui pensent avoir une vie bien remplie parce
qu’ils sont gras et gros, avec une nuque épaisse
; tout ces gens qui ont la tête rasée, le
visage en forme d’escalope, qui croient être
d’une acceptable élégance dans leurs
bermudas, qui croient être dotés d’une
quelconque once d’humour sous leurs chemises colorées,
et bien voyez-vous, tous ces gens qui ont le bon goût
du tout à l’égout me font vomir dans
le caniveau.
Oh vous tous êtres humains ! Incarnations épaisses
et solides habitées d’une intelligence consistante
comme l’air ! Oh vous tous ! Imposants contenants
sans contenus ! Entrailles émotionnelles à
deux oreilles ! Rêves éveillés avec
du poil ! Ne seriez-vous donc qu’un sac de viande
sur 2 pattes ? Un simple assemblage de bactéries
infestées de virus ? Une vague traînée
de poussière tombée des cieux un jour où
Dieu, par désœuvrement, faisait le ménage
? Dans cette vie sans suite qui a toujours un début
et une fin, je vous regarde agir, piteux bons à
rien, prêts à tout pour survivre ; je vois
celui qui ne sait pas vivre avec rien, celui qui ne veut
pas vivre pour rien, celui qui fait toute une vie pour
un rien, celui qui prend la vie comme elle vient et quand
rien ne vient, qui ne pas s’y prendre autrement.
Je vois celui qui s’applique à bien vivre
simplement parce qu’il faut bien vivre, celui qui
croit habiter sa vie alors qu’il n’est que
le paillasson de son existence.
Je vois ceux qui passent leur vie à ne faire que
passer, qui vivent dans leurs petits souliers et qui veulent
se faire enterrer en grande pompe. Il est visible qu’en
ce bas monde il y a ceux qui sont un amas de viande dominés
par quelques idées et ceux qui sont un amas d’idées
dominés par quelques morceaux de viande et qui
dominent le monde.
Si la misère du monde était à vendre,
ceux là l’achèteraient.
D’ailleurs c’est ce qu’ils font : ils
font fortune en achetant la misère des autres.
Ils prônent l’individualisme pour tous mais
un individualisme où être soi-même,
c’est ressembler aux autres dans une humanité
transformée en un vaste élevage intensif
d’êtres humains. Oui, dans ce bas monde on
élève les hommes comme des poulets ! En
batterie ! Et l’homme se laisse plumer, bêtement,
humainement, sans résistance. Partout la richesse
toise la misère, partout le rire se moque des larmes,
partout le vice insulte la vertu.
Quand on voit ça, c’est à se demander
s’il ne faut pas se poser des questions !? …
Y’a-t-il du beau monde en ce bas monde ? Ce bas
monde qui d’ailleurs se multiplie en additionnant
une arme = des larmes ! …Comme c’est singulier
!
Quand donc l’éponge du pardon effacera-t-elle
les rancœurs pour que la craie de l’amour écrive
le bien être ?
Sûrement pas demain, ni après demain, comme
disait le sociologue Sylvain Depaille, lui qui écrivait
:
« Voyez comme les gens de petite condition
Portent en eux l’indéracinable habitude
D’imaginer qu’avoir leurs propres réflexions
Est un acquis en dehors de leurs aptitudes. »
Alors moi que ce monde désespère, moi qui,
dans ce monde, ai cessé de me demander si je vaux
le coup d’être vécu, je vous dis adieu
! … PANG
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